Testostérone : un bon dosage est-il la clef de la longévité ?

Je vous ai parlé du rôle de la testostérone dans une lettre précédente, mais j’aimerai aller un peu plus loin pour que vous ayez toutes les cartes en main.

Beaucoup considèrent la testostérone comme l’hormone centrale de la gestion du vieillissement et de la longévité. C’est pourquoi sa prescription doit être pesée et son utilisation clairement surveillée afin de ne faire courir aucun risque de surdosage, d’apparition ou d’aggravation de pathologie liée.

Savez-vous comment fonctionne la testostérone ?

Comme les autres hormones sexuelles, œstrogènes, progestérone et DHEA, c’est une hormone stéroïde synthétisée à partir du cholestérol [1].

Sa synthèse se réalise dans les testicules et les ovaires mais également, pour les deux sexes, dans les glandes surrénales. C’est pour le sexe masculin la principale hormone sexuelle et surtout, par définition, la principale hormone « anabolisante ». C’est aussi l’hormone qui augmente le plus la libido dans les deux sexes.

En théorie, le taux hormonal de testostérone chez l’homme serait plus de cinq fois supérieur à celui de la femme. En pratique, chez des hommes ayant un faible taux de testostérone et des femmes ayant un taux élevé, les mesures de testostérone dans le plasma peuvent être assez voisines.

En réalité, c’est la dihydrotestostérone (DHT) qui active les récepteurs tissulaires et explique les divers effets de la testostérone. C’est elle qui doit être considérée comme l’hormone dite « active ». La testostérone est produite principalement dans les testicules par une enzyme, la 5alpha-réductase, présente en majeure partie dans la prostate. C’est de ce fait qu’est née une classe particulière de médicaments s’opposant à l’hypertrophie prostatique : les inhibiteurs de la 5alpha-réductase.

Que se passe-t-il en cas d’excès ?

Attention, un excès de testostérone peut avoir de graves effets sur la santé. Le premier d’entre eux, c’est le cancer de la prostate. Pour cette raison, toute personne prenant de la testostérone en supplémentation devrait être surveillée biologiquement et médicalement.

À l’inverse, certaines études conduiraient à penser qu’un déficit en testostérone tout au long de la vie serait un facteur favorisant ce même cancer de la prostate. Le problème n’est donc pas simple et la surveillance biologique par le marqueur PSA ne doit pas faire négliger, en particulier après 50 ans, la surveillance régulière par toucher rectal et/ou l’échographie prostatique.

Revenons aux excès de testostérone :

  • Ils peuvent aussi contribuer à la perte de cheveux dans le cadre du vieillissement.
  • Le cancer du testicule est bien entendu une autre contre-indication. Par contre, il n’a pas été rapporté dans la littérature scientifique de relation entre le risque de cancer du sein, chez la femme, et une supplémentation en testostérone.

Certains ont évoqué des risques cardiovasculaires liés au surdosage, mais il semble que le déficit chronique en testostérone soit également en lui-même un risque cardiovasculaire et une raison supplémentaire des difficultés à perdre du poids, de la graisse au profit des muscles et de la silhouette.

Quand la pollution fait baisser la sécrétion de testostérone

Au début des années 90, on a commencé à ouvrir les yeux sur ce qu’on appelle les « perturbateurs endocriniens ». Ces polluants que l’on appelle aussi « xénobiotiques [2] » entraînent une baisse de la sécrétion de testostérone et altèrent la puberté et la croissance dans les deux sexes de par leur action féminisante. En France, c’est le Pr Charles Sultan [3] qui a été l’un des premiers à publier sur ces questions. Chez les filles ils peuvent provoquer des pubertés précoces, alors que chez les garçons ils vont altérer le développement de l’appareil sexuel et la spermatogenèse, c’est-à-dire la qualité et la quantité du sperme sécrété.

Beaucoup de ces poisons proviennent de l’agriculture industrielle, mais il faut également incriminer les dérivés de plastique (phtalates, PCB), les résidus de médicaments et certains composants utilisés par l’industrie pour la fabrication des colles ou des peintures. Bien que certains de ces produits soient interdits depuis plus de 20 ans, ils persistent dans l’environnement et dans notre graisse pendant plusieurs années.

Comment doser et surveiller son taux de testostérone ?

Le test salivaire est une méthode fiable et simple permettant d’évaluer son taux de testostérone (et d’autres hormones comme la DHEA et la progestérone…) aussi bien chez l’homme que chez la femme. Celui-ci est d’une grande simplicité : il vous suffit de recueillir, à jeun, un échantillon de salive dans un tube spécial (salivette) et de l’adresser au laboratoire qui en effectuera le dosage.

Les dosages sanguins sont réalisables par tous laboratoires de ville mais exigent beaucoup de doigté pour leur interprétation. Le taux de testostérone totale doit être comparé aux taux de testostérone dite « biodisponible » et parfois (en cas de déficience érectile) de testostérone dite « libre ». Nombre de praticiens ne sont pas complètement en mesure d’interpréter ces différents dosages en dehors de ceux qui se sont formés à la « médecine anti-âge ».

Ne vous fiez pas non plus aux seules indications des laboratoires qui ne tiennent compte que de votre âge car les signes cliniques (comme dans toute supplémentation hormonale) sont essentiels à la décision et au suivi de la supplémentation. Cette dernière doit permettre de maintenir des taux (salivaires ou plasmatiques) physiologiques, être bien supportée et proposée en dehors de toute pratique sportive de compétition.

Un déficit qui augmente le risque de mortalité

Dès l’âge de 50 ans, les taux de testostérone commencent à décliner et les signes de déficience, tels que nous les avons précédemment décrits, commencent à apparaître. Certains pensent que des taux de testostérone bas chez des hommes âgés de plus de 50 ans pourraient être considérés comme un « marqueur » d’augmentation de risque de mortalité. C’est en tous cas ce que suggère une étude publiée en 2007 [4] par Elizabeth Barrett-Connor, de l’université de San Diego en Californie.

Quelle supplémentation en testostérone chez l’homme ?

Les supplémentations en testostérone nécessitent logiquement une ordonnance médicale. De très nombreuses formes de testostérone sont disponibles.

  • D’une façon générale, la voie orale n’est pas recommandée car, lors d’un usage prolongé, elle peut endommager la fonction hépatique. Il existe de nombreuses spécialités en Europe et en France permettant de choisir une forme active de testostérone.
  • L’énanthate de testostérone, en ampoule injectable, peu coûteux, est souvent préconisé à la dose de 1 ampoule toutes les 2 à 4 semaines. Cette voie injectable est extrêmement active mais on peut lui reprocher une action en « dents de scie ».
  • Pour cette raison, les praticiens préfèrent les gels ou huiles liposomiales de testostérone dite « bio-identique » qui sont actifs et bien tolérés. On les trouve en France en spécialités médicales, et à l’étranger en préparations magistrales plus dosées. Ils supposent que l’on prenne l’habitude de les appliquer chaque jour. Ces gels coûtent en général assez cher.

Il est important de souligner qu’avant tout début de traitement à la testostérone, et régulièrement au cours de ce traitement, on devra pratiquer chez l’homme un toucher rectal prostatique et faire doser l’antigène spécifique de prostate, le PSA, afin de détecter tout risque de tumeur latente.

Et chez la femme ?

Comme chez l’homme, on relève très souvent chez la femme, après la ménopause, une déficience en testostérone. Aussi est-il souhaitable, en cas de déclin de l’activité sexuelle et de l’énergie, de vérifier son taux. Si le taux est abaissé, il serait judicieux d’envisager une supplémentation hormonale ou en précurseurs végétaux.

La femme ressent les bienfaits de la testostérone très rapidement (entre 3 et 5 jours). Il existe aujourd’hui (en pharmacie, sur prescription médicale) un patch transdermique spécialement conçu pour traiter les troubles de la sexualité et plus particulièrement de la libido chez la femme.

Vous l’avez compris, la testostérone est beaucoup plus que ce que l’on croit savoir… C’est souvent le cas pour les hormones qui ont encore bien mauvaise presse. On y reviendra… alors, surveillez bien votre messagerie !

Docteur Dominique Rueff


[1] Un faible taux de cholestérol ou un traitement médicamenteux hypocholestérolémiant excessif ou inapproprié peut donc réduire les taux sanguins et cellulaires de testostérone.

[2] Ce qui signifie littéralement « substance étrangère à la vie »

[3] Endocrinologue et pédiatre, professeur des hôpitaux, à Montpellier

[4] Older Men May Not Live As Long If They Have Low Testosterone



N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


10 réponses à “Testostérone : un bon dosage est-il la clef de la longévité ?”

  1. SERRA Hein Sylvie dit :

    Merci Docteur votre courrier m a bien renseigné. La Médecine c’est Super… Salutations distinguées.Mme Sylvie SERRA

  2. Legal-Buzenet Véronique dit :

    Docteur,

    Je lis attentivement vos lettres auxquelles je suis abonnée et qui fournissent tant d’informations essentielles, notamment pour mieux vieillir. Merci de faire ainsi profiter vos lecteurs de votre expérience et de vos conseils.

    J’ai 64 ans et ressens vraiment la nécessité de rééquilibrer mon organisme, de bénéficier notamment des supplémentations, notamment hormonales, que vous évoquez.

    Cependant la mise en œuvre de vos recommandations est à mon sens très compliquée sans l’aide d’un médecin anti âge ouvert et compétent et c’est là que le bât blesse, comment trouver un tel spécialiste, même à Paris où je réside. Les médecins que je consulte sont très éloignés de la prise en compte de l’individu dans son ensemble et ne font que fonctionner « au symptôme » le plus manifeste.

    Si vous avez des pistes pour trouver un praticien de confiance, je serais volontiers preneuse…

    Bien à vous.

    Véronique LB

  3. Roussel dit :

    Qu’en est-il de la testostérone après une prostatectomie radicale?
    Dans l’attente de vous lire merci.

  4. Elvire dit :

    Bonjour Docteur Rueff

    je voudrais savoir si vous connaissez des docteurs formés à la médecine anti-âge sur Paris.
    Merci par avance de votre réponse.
    Bien cordialement
    Elvire

  5. MONIN dit :

    Bonjour dr RUEFF,

    Si on a une prostatite chronique, avec PSA chronique élevé, et 2 biopsies de prostate négatives, peut on quand même prendre de la testostérone pour équilibrer son taux, en surveillant l’ascension éventuelle du PSA ?
    Que penser de la Chrisyne sensée contrer la DHT en empêchant la conversion, et sensée abaisser le PSA ?

  6. Sylvie dit :

    Bonjour,
    Je suis une femme de plus de 50 ans et j’ai fait une analyse de sang (à mes frais) pour doser, entre autres, la testostérone il y a 2 ans et mon taux était au ras des pâquerettes.
    Quand j’en ai parlé à un gynéco et que je lui ai demandé un complément, il m’a demandé si je voulais des poils partout.
    A un homme qui a un problème de libido ou de fatigue lié à un manque de testostérone, un petit coup de Viagra, et en plus remboursé pour lui, à une femme, c’est psycho et dans la tête et il faut qu’elle se relaxe ! Ben voyons ! En plus, j’ai grossi etc. et je suis malheureuse de me dire qu’il y a des solutions et qu’on ne me les donne pas et je n’ai pas l’argent pour m’acheter ce qu’il faut en non-remboursés.
    Je ne demandais pas d’en voir autant que les hommes mais ce que j’avais avant la ménopause, je ne vois pas où est le mal pour être mieux et ne pas me dégrader.
    Donc, j’aimerais savoir si vous avez un nom de Docteur en France à me conseiller car je ne sais pas où aller.
    Merci à vous
    Cordialement
    Sylvie

  7. PARY Emmanuelle dit :

    Docteur,

    Je me permets de reprendre un message précédemment écrit mais qui me correspond aussi totalement. Je recherche un spécialiste tel que vous consultant sur Montpellier ou dans le Gard.

    En effet, j’ai 48 ans et ressens vraiment la nécessité de rééquilibrer mon organisme, de bénéficier notamment des supplémentations, notamment hormonales, que vous évoquez.

    Cependant la mise en œuvre de vos recommandations est très compliquée sans l’aide d’un médecin ouvert et compétent et c’est là que le bât blesse, comment trouver un tel spécialiste à Montpellier. Les médecins que je consulte sont très éloignés de la prise en compte de l’individu dans son ensemble et ne font que fonctionner « au symptôme » le plus manifeste.

    Si vous avez des pistes pour trouver un praticien de confiance, je serais volontiers preneuse…

  8. Caroline Dupont dit :

    Docteur Rueff merci mille fois pour vos précieux conseils. Comme beaucoup de personnes qui vous lisent régulièrement il est très difficile de trouver un médecin spécialiste anti âge. Dans ces conditions vous serait il possible de nous proposer sous forme de tableaux les différents bilans biologiques, urinaires, salivaires,analyse de cheveux qu’il serait possible de réaliser en fonction de l’âge et du sexe ainsi que les laboratoires les pratiquants avec les indications. Merci pour vos précieuses infos. Caroline

  9. bea dit :

    il suffit de prendre du Tribulus une fois par semaine et hop le tour est joué pour rehausser la testostérone pour une femme

  10. N. dit :

    Bonjour Dr.

    Je m’étonne un peu de cette phrase « Il existe aujourd’hui (en pharmacie, sur prescription médicale) un patch transdermique spécialement conçu pour traiter les troubles de la sexualité et plus particulièrement de la libido chez la femme.  » étant donné le nombre de femmes qui se plaignent de ne pas recevoir le soutien dont elles ont besoin. Pourriez-vous svp donner plus d’informations sur ce traitement? Merci

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