Comment protéger mes reins ? – Première partie

Je ne vous l’avais pas encore vraiment avoué, mais je suis atteint depuis la trentaine d’une insuffisance rénale modérée, qui a probablement entraîné l’hypertension artérielle que j’ai commencé à avoir un peu plus tard, et dont j’ai quasiment guéri[1].

Rassurez-vous ! Les signes de cette maladie (que je surveille) sont essentiellement biologiques et ne m’occasionnent que peu de gêne. Je n’ai aucun des symptômes classiques de l’insuffisance rénale que je vais vous décrire, à l’exception d’une certaine fatigue, lorsque mon taux d’urée grimpe un peu.

D’où vient cette insuffisance rénale ? Eh bien, je vous avoue que je n’en sais absolument rien (ou presque). Je fais donc partie des 3 millions de Français qui sont victimes d’insuffisance rénale chronique, et des 10 % de la population française adulte qui ne présentent aucun symptôme.

Comment me suis-je aperçu que j’avais un problème rénal ?

Âgé d’une trentaine d’années, je commençais à exercer la médecine. Comme je conseille à chacun de le faire, j’effectuais chaque année un petit bilan biologique. C’est alors que je me suis rendu compte que mes taux d’urée, de créatinine et d’acide urique[2] dans le sang étaient déjà à la limite de la normale, mais cela ne m’a pas trop alarmé. C’est une dizaine d’années plus tard, lorsque j’ai réalisé que j’avais de l’hypertension artérielle, que je fis le lien avec mes reins.

Je pense – mais c’est une simple hypothèse – que comme beaucoup de personnes qui souffrent de ce mal sans le savoir, j’ai dû avoir dans l’enfance une infection mal soignée, peut-être une angine à streptocoques, qui a occasionné une glomérulonéphrite primitive[3] ou une pyélonéphrite[4], elle-même passée complètement inaperçue.

Par la suite – beaucoup d’entre vous connaissent maintenant mon histoire[5] – les problèmes coronaires que j’ai eus après la cinquantaine, qui ont exigé de nombreuses imageries médicales, ont très nettement aggravé cette insuffisance rénale du fait de l’utilisation répétée de produits de contraste très agressifs pour les reins.

Voici la leçon que vous pouvez en tirer : si vous devez passer des scanners, des IRM ou d’autres imageries nécessitant une opacification[6], prévenez le radiologue si votre taux d’urée ou de créatinine est trop haut. 

Quels sont les autres symptômes d’un problème rénal ?

  • Des paupières bouffies, une enflure des mains et des pieds (symptôme appelé « œdème»). Contrairement à l’œdème d’origine cardiaque, l’œdème d’origine rénale peut se détecter grâce au « signe du godet », c’est-à-dire que la marque du doigt qui appuie sur la zone affectée met plusieurs secondes avant de disparaître ;
  • un essoufflement ;
  • une perte d’appétit ;
  • des nausées et des vomissements (un symptôme rencontré fréquemment) ;
  • de la soif ;
  • un goût désagréable dans la bouche ou une mauvaise haleine ;
  • une perte de poids ;
  • une démangeaison persistante et généralisée ;
  • des contractions ou crampes musculaires ;
  • une peau de couleur brun-jaunâtre.

On parle aussi d’une tendance aux calculs rénaux. Pour ma part, je n’en ai jamais eu. Pourtant, j’ai une tendance (certainement génétique, car mon père l’avait et ma fille également) à avoir de l’acide urique, qui peut être à l’origine soit de calculs, soit de crises de goutte, mais je n’en ai jamais souffert non plus.

Les seuls symptômes que je constate personnellement sont :

  • une pression artérielle élevée ;
  • de la fatigue, mais c’est un signe tellement vague qu’il est difficile de le rattacher directement à cette maladie !

Quels sont les risques de l’insuffisance rénale ?

Selon l’INSERM[7], l’insuffisance rénale chronique (IRC) résulte de la destruction progressive et irréversible des reins. Elle peut entraîner la mort si aucun traitement n’est appliqué.

Ses causes sont diverses et parfois inconnues, mêlant des facteurs génétiques, environnementaux et dégénératifs. Les complications associées découlent de la variété des fonctions remplies par les reins. Leur rôle le plus connu est de filtrer le sang pour éliminer les déchets issus du métabolisme (urée, créatinine, acide urique). Mais ils servent également à maintenir l’eau à un niveau constant dans le corps et à équilibrer les taux de sels minéraux nécessaires à l’organisme, comme le potassium, le phosphore ou le sodium, ainsi que la densité osseuse. Ils produisent aussi des hormones, des enzymes et des vitamines indispensables à la fabrication des globules rouges, à la régulation de la pression artérielle et à la fixation du calcium.

La maladie évolue en 5 stades et peut aboutir à une insuffisance rénale aiguë (dernier stade) qui va nécessiter une dialyse rénale[8]. Cependant, on peut rester des années au même stade et pour ma part, je n’en suis qu’au stade III et j’espère bien y rester !

La maladie peut également provoquer une anémie[9] (que je n’ai pas) et nécessite une surveillance et souvent une supplémentation en vitamine D[10].

Comment stabiliser ma maladie ?

Les mesures classiques :

  • S’abstenir de fumer (ce que je fais depuis quelques années seulement…), ne pas faire d’excès d’alcool ;
  • éviter d’être trop exposé à des produits néphrotoxiques (utilisés pour IRM et scanners, et dans certains médicaments), ce que je n’ai malheureusement pas pu toujours faire ;
  • éviter les excès de sels (chlorure de sodium) et de protéines animales, en préférant les protéines végétales ;
  • consommer de grandes portions de légumes verts, de légumes à feuilles et colorés afin d’alcaliniser le terrain au maximum et d’apporter le potassium absolument nécessaire ;
  • avoir une alimentation anti-inflammatoire grâce à la consommation d’huiles d’olive et de colza et à l’adoption d’un régime méditerranéen ;
  • faire une activité physique régulière ;
  • surveiller sa tension artérielle et sa glycémie qui, si elles augmentent, aggravent le problème rénal. 

Tension artérielle et reins : un équilibre complexe entre hypo- et hypertension

Je consulte une fois par an une néphrologue, et si vous êtes dans la même situation que moi, je vous conseille d’en faire autant.

En plus des mesures biologiques classiques (urée, créatinine, acide urique), elle réalise un bilan sanguin et urinaire complet comprenant le sodium, le potassium, le phosphore, le calcium, la vitamine D, et elle surveille attentivement ma tension artérielle.

Des chercheurs ont réalisé une méta-analyse de l’ensemble des essais cliniques randomisés ayant inclus des patients souffrant à la fois d’une hypertension artérielle (HTA) et d’une insuffisance rénale chronique (IRC). Les résultats[11] montrent qu’un traitement intensif de l’hypertension artérielle chez les patients atteints d’une IRC de stade 3 à 5, est associé à une diminution de 14 % du risque de mortalité.
 
À l’inverse, vouloir trop faire baisser sa tension artérielle augmente le risque d’aggraver l’IRC, mais ce risque ne conduit pas à une insuffisance rénale de stade terminal.

En fait, la fourchette entre l’hypertension et l’hypotension est assez étroite : l’hypotension peut provoquer une fatigue importante avec des bâillements, ainsi qu’un sentiment de manque d’énergie. On considère généralement qu’une tension (ou pression) normale, au repos, est comprise entre 90/60 mm de Hg (mercure) et 130/80 mm de Hg. En-dessous de 90 mm de Hg de pression systolique ou 60 mm de Hg de pression diastolique, on souffre donc d’une hypotension. En plus d’aggraver le risque d’insuffisance rénale, l’hypotension peut influer considérablement sur le mode de vie : une tension trop basse provoque des malaises lorsqu’on se lève, ou après un repas. La tête tourne, on peut avoir l’impression qu’on va tomber, ou ne plus voir sur les côtés. Plus rarement, des chutes inexpliquées, parfois à répétition, peuvent se produire.

Il faut être spécialement attentif à ces signes chez les personnes âgées qui, du fait du durcissement de leurs artères, s’adaptent moins bien aux variations tensionnelles et risquent de chuter (et de se briser le fémur, par exemple) en cas de malaise lié à l’hypotension.

C’est une situation que j’ai souvent constatée dans ma pratique, chez des personnes qui se plaignent de fatigue chronique et s’effraient en pensant qu’ils ont des troubles cognitifs ou un début d’Alzheimer.

La première question à leur poser est : « Prenez-vous un traitement anti-hypertenseur, et si oui, lequel et à quelle heure ? » Il suffit alors de modifier légèrement la dose ou de changer l’heure de prise en fonction du moment des malaises et, comme par miracle, tout rentre dans l’ordre !

En ce qui me concerne, même arrivé à de très faibles doses de médicaments anti-hypertenseurs, je prends la précaution de contrôler ma tension au moins trois fois par semaine (trois mesures de suite le matin et trois mesures le soir, dont je note la moyenne), afin de moduler ces doses en fonction de mon alimentation, de mon hydratation, de la consommation d’aliments plus ou moins salés et de mon stress. N’hésitez pas à en faire autant, et si, comme cela m’est arrivé, on vous traite d’hypocondriaque, n’y prenez pas garde !

Sachez aussi que certains facteurs aggravent l’hypotension, et il est bon de les connaître afin d’en informer votre médecin :

  • Une maigreur chez des personnes jeunes ayant des troubles alimentaires ;
  • des règles trop abondantes ;
  • la grossesse ;
  • le diabète ;
  • la sédentarité ;
  • les maladies de la thyroïde ;
  • la maladie de Parkinson ;
  • la prise de certains médicaments comme les antidépresseurs ou les tranquillisants ;
  • la déshydratation et la surconsommation de sel. Celles-ci peuvent considérablement abaisser la tension artérielle, et c’est de ce problème fondamental que j’aimerais vous alerter et terminer cette première partie.

Eau, sel et insuffisance rénale 

Savez-vous que nous consommons en moyenne 10 grammes de sel par jour en Europe, alors que nos besoins sont d’environ 3 grammes ? Pour être un peu moins strict, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un apport en sel inférieur à 5 g par jour. En effet, le sel augmente notre tension artérielle, et il est aussi mauvais pour nos reins que pour notre cœur !

Quelques conseils pour y arriver :

  • Ne resalez jamais vos plats et évitez les sels de substitution à base de potassium, qui sont tout aussi dangereux en cas d’insuffisance rénale ;
  • abusez des épices et des aromates : herbes de Provence, origan, gingembre, curcuma, curry, poivre – sans abuser de ce dernier qui peut augmenter la perméabilité intestinale ;
  • évitez les aliments transformés, toujours trop salés ;
  • tenez compte du nombre d’aliments salés que vous consommez par jour : bouillons, charcuteries, fromages, etc. ;
  • veillez à ne pas être en acidose en surveillant votre pH urinaire sur la deuxième urine du matin[12]. Mais si vous consommez suffisamment de légumes verts, vous ne devriez pas connaître ce problème ;
  • in fine, surveillez votre tension artérielle : vous saurez ainsi si « vous êtes dans le vert ».

Concernant la quantité d’eau à boire : buvez tout simplement selon votre soif, en vous assurant de boire entre 1,5 et 2 litres de « liquides » dans la journée (thé, café, soupes, etc.). Sachez que la sensation de soif s’amenuise chez les personnes âgées.

N’en abusez pas non plus : vos reins n’arriveront plus à éliminer et vous risquez de faire des œdèmes. 

Chère amie, cher ami, j’espère que cette première partie vous aura aidé à mieux comprendre cette maladie. Je vous ai décrit les moyens indispensables que toute personne souffrant d’insuffisance rénale, comme moi, doit maîtriser afin de ralentir au maximum son évolution.

Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin : dans la lettre suivante, je vous parlerai de fruits, de légumes et de plantes que peu de personnes connaissent, qui peuvent cependant considérablement améliorer l’évolution de cette maladie.

Docteur Dominique Rueff


[1] https://www.lettre-docteur-rueff.fr/lhypertension-jen-ai-quasiment-gueri/

[2] Voir plus loin.

[3] Les glomérulonéphrites primitives, qui constituaient la majeure partie des insuffisances rénales dans les années 1990, ne concernent plus que 12 % des patients, mais elles doivent être diagnostiquées précisément car elles répondent souvent à un traitement spécifique.

[4] Les pyélonéphrites constituent 4,3 % des nouveaux cas d’insuffisance rénale. Elles résultent d’infections bactériennes répétées des voies urinaires hautes, souvent par E. coli, affectant l’un ou les deux reins.

[5] https://www.lettre-docteur-rueff.fr/eviter-de-mourir-quotidien/

[6] Examen radiologique d’un organe par injection d’un produit opaque aux rayons X.

[7] https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/insuffisance-renale

[8] http://www.dialyse-info.com/

[9] Beaucoup de ces anémies sont traitées par l’érythropoïétine (EPO), une hormone qui augmente le taux de globules rouges.

[10] https://www.lettre-docteur-rueff.fr/vitamine-d-21-raisons/

[11] https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/article-abstract/2652833

[12] https://www.thierrysouccar.com/sante/info/comment-evaluer-lacidite-de-lorganisme-987



N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


6 réponses à “Comment protéger mes reins ? – Première partie”

  1. Midy dit :

    Merci de partager votre expérience personnelle avec vos lecteurs, c’est éclairant et très généreux de votre part.
    C’est toujours un grand plaisir de vous lire.

  2. Thomas dit :

    Merci beaucoup pour cette lettre sur le thème des reins. J’ai hâte de découvrir la deuxième partie. Adepte de tous vos conseils malheureusement en irc je ne dois pas prendre de compléments alimentaires.

  3. pigot dit :

    article interessant,facile à comprendre et déculpabilisant ,positif qui donne envie de prendre sa santé en main .merci

  4. Jurbert dit :

    bonjour,
    vous recommandez de  » consommer de grandes portions de légumes verts, de légumes à feuilles et colorés afin d’alcaliniser le terrain au maximum « ,
    cependant je croyais que de toute façon l’acidité de l’estomac l’emporte largement sur l’alcalinité des aliments et que d’autre part l’organisme se débrouillait très bien pour régler constant le pH du sang.
    A quoi bon alors, vouloir alcaliniser à tout prix son alimentation ?

  5. anacleto dit :

    Merci mille fois pour votre grande générosité. Vos lettres sont une oasis dans le désert de notre culture médicale.

  6. anacleto dit :

    l’organisme se débrouille très bien pour régler constant le pH du sang!!!

    Pas si sûr. Il suffit de tester son PH régulièrement pour confirmer le contraire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CES DÉCOUVERTES QUE VOUS DEVEZ ABSOLUMENT CONNAÎTRE

Ce fabuleux livre a changé la vie de milliers de personnes…

…Et pourtant il est INTROUVABLE dans le commerce.

Recevez EN CADEAU chez vous ce livre au format papier.

45 percées historiques de santé naturelle sur les sujets suivants : cancer, arthrose, Alzheimer, prostate, hypertension, cholestérol, Parkinson et bien d’autres encore…