Vous avez dit : DALA ?

Comme je l’évoquais lors d’une précédente lettre, il n’y a pas de « ménopause » chez l’homme et, de nos jours, le terme « d’andropause » n’est plus utilisé car la baisse des hormones masculines, contrairement à la ménopause est un phénomène progressif. On parle donc de « déficit androgénique lié à l’âge » (DALA).

Déséquilibres hormonaux liés ou indépendants de l’âge ?

Il y a encore peu de temps l’influence des déficits hormonaux androgéniques précoces sur la santé masculine était mésestimée.

Des bilans hormonaux réalisés dans le cadre de ce que l’on appelle de façon trop restrictive, à mon goût, « Médecine anti-âge » [1] ont permis de se rendre compte que ces déficits hormonaux n’attendaient pas le nombre des années. En d’autres termes, et je l’ai déjà abordé, il ne faut pas confondre l’âge chronologique (celui qu’indique nos papiers d’identité) et l’âge biologique ou hormonal (celui qui correspond à une moyenne hormonale définie, en fonction de l’âge et de chaque hormone).

Vous pouvez donc avoir un déficit hormonal androgénique à tout âge et quel que soit votre sexe. Les causes et les conséquences en sont nombreuses.

Chez de jeunes hommes ou des enfants quels peuvent en être les premiers signes ?

Avez-vous été un enfant hypersensible et plus fatigable que les autres? Tout phénomène d’hypersensibilité affective ou psychologique, peut dépendre, quel que soit l’âge d’un déficit hormonal. Avez-vous remarqué ces hommes mûrs qui pleurent comme des enfants à la fin de leur discours de cérémonie de retraite ?

Quels sont les signes même mineurs d’une déficience androgénique ?

Ils sont nombreux et variés et gardons-nous, sans une étude clinique et biologique, de les rattacher trop vite à une possible déficience car non spécifiques, ils ne peuvent, à eux seuls, conduire à un diagnostic.

On peut cependant l’évoquer lorsque l’on est en présence de l’un ou plusieurs des signes ci-dessous, associés et confirmés par d’autres investigations dont les bilans biologiques :

Symptômes physiologiques

  • Hypogonadisme (faible volume des testicules) ;
  • Signes de fragilisation osseuse ou même fractures vertébrales ou de hanche spontanées ;
  • Prise de poids de type gynoïde (c’est-à-dire une accumulation de graisse sur les cuisses) ou une augmentation de l’adiposité viscérale [2].
  • Diminution de la pilosité axillaire et pubienne ;
  • Augmentation de la taille des seins ;
  • Hypersudation ou parfois bouffées de chaleur ;
  • A l’âge de la puberté : organes génitaux de taille infantile, absence globale de pilosité et de mutation de la voix qui garde un timbre aigu.
  • Difficulté à prendre du muscle à l’effort malgré une musculation régulière (un symptôme que j’ai souvent noté).
  • Anémie normocytaire ou normochrome : anémie avec un globule rouge ayant une taille et une concentration en fer normales.

Symptômes sexuels

  • Baisse de la libido (désir sexuel) ;
  • Disparition ou raréfaction des érections matinales ;
  • Diminution de la qualité des érections et du volume du sperme ;
  • Absence de pensées à connotations sexuelles ;

Symptômes psychologiques et comportementaux

  • Hypersensibilité psychologique, manque d’enthousiasme et d’énergie, de résistance à l’effort ;
  • Fatigue chronique physique ou psychique sans autres explications ;
  • Diminution du bien être et/ou de la joie de vivre ;
  • Troubles du sommeil inexpliqués ;

Mon conseil : confirmez la ou les constatations morphologiques et cliniques par un dosage de testostéronémie totale et biodisponible et, selon moi, de DHEA. En cas de testostéronémie nettement en dessous des normes, il sera indispensable de consulter un spécialiste dont le bilan biologique permettre de préciser l’origine de ce trouble. Est-elle liée à une absence de développement des testicules, un problème génétique, une séquelle de maladie testiculaire comme une orchite [3] ou au contraire un problème hypophysaire ou hypothalamique ? Seul un bilan très complet (dont la description détaillée n’a pas, ici, sa place) permettra de trancher.

Au décours de ce bilan, il est fréquent que soit demandée une IRM hypophysaire afin d’éliminer la présence d’une tumeur de l’hypophyse.

 

Des origines parfois surprenantes !

Dans mon expérience personnelle, j’ai identifié au moins trois origines à ces troubles importants.

La première, évoquée ci-dessus, est la conséquence à plus ou moins long terme d’une « infection ayant laissé des traces » comme la fameuse orchite qui suit les oreillons mais qui peut être présente à la suite de toute infection virale locale, proximale (prostate, vessie) ou générale, d’une maladie rhumatismale inflammatoire chronique ou de suites d’une maladie sexuellement transmissible ayant gagné l’épididyme [4].

La seconde est plus méconnue. Qui se souvient, exactement, de sa pratique sportive dans l’enfance : mauvaise réception sur un cheval d’arçon [5], problème avec la corde ou la corde à nœuds, traumatisme testiculaire direct dû à un coup de pieds, une balle, un ballon… ?

La troisième est une horrible découverte lors d’une consultation médicale [6] dans l’enfance où la palpation du médecin consciencieux va révéler l’absence de l’un ou des deux testicules. Il peut aussi s’agir d’une descente incomplète que l’on appelle cryptorchidie. Toutes ces situations ont des solutions mais bien entendu plus la découverte est précoce moins le risque d’hypogonadisme et d’infertilité seront grands.

Il est possible que la fréquence d’apparition d’un cancer du testicule soit favorisée par leur mauvaise descente ou position.

Jusqu’où aller dans l’introspection et l’autodiagnostic

Tous les garçons ont connu l’angoisse de la comparaison des sexes dans les douches ou vestiaires ! Les parents ou les éducateurs risquent de devoir dédramatiser car d’importantes variations sont considérées comme normales et physiologiques. On peut, dans le doute, consulter, et ainsi rassurer et se rassurer.

Il est bon de garder en mémoire l’énumération des symptômes décrits ci-dessus car la présence de plusieurs d’entre eux peut conduire à tenter de confirmer un déficit.

Le déficit androgénique lié à l’âge (DALA)

Le DALA s’exprime différemment chez chacun de nous. L’installation de la déficience est toujours progressive : elle peut débuter à partir de trente ans et s’étaler sur les trois, quatre ou cinq décennies suivantes. Elle diminue de 1 % par an à partir de l’âge de cinquante ans. Des insuffisances majeures peuvent être diagnostiquées chez 20 % des plus de soixante ans.

Le DALA n’est pas toujours symptomatique ni totalement lié aux résultats du bilan biologique sur lequel il ne faut donc pas s’obnubiler. Un homme peut vivre de manière optimale au tiers ou à la moitié du taux sanguin d’un autre ce qui permet de penser que les conditions environnementales (stress, pollution, alimentation, autres déficits hormonaux, comme, par exemple, les déficits en mélatonine…) peuvent conserver un rôle majeur.

En 2010, un questionnaire et différents examens biologiques ont été réalisés sur 3 369 hommes âgés entre 40 et 79 ans vivant dans huit pays européens : l’étude statistique révèle que sur les 32 symptômes potentiels pouvant être a priori retenus, neuf, liés à une diminution des niveaux de testostérone, ont été sélectionnés par les chercheurs. Parmi les plus importants : réduction de la fréquence des érections du petit matin, effacement progressif des pensées avec connotation sexuelle, réduction de la qualité des érections, existence d’une sensation de fatigue, incapacité à avoir une activité physique minimale ainsi que des symptômes dépressifs (perte de tonus, sensation de tristesse). Les auteurs de cette étude ont conclu que la présence de trois de ces symptômes sexuels combinés à de bas niveaux de testostérone (taux de « testostérone totale » inférieur à 11 nmol·l [7] et taux de « testostérone libre » inférieur à 220 pmol·l) était requise pour diagnostiquer l’hypogonadisme chez les hommes plus âgés » [8].

Dans tous les cas le diagnostic biologique affirmera le déficit.

Ce dernier permet aussi le suivi de l’affection après traitement ou supplémentation.

Ce bilan n’est pas simple et les éléments sont multiples.

Dans tous les cas le prélèvement doit être effectué à jeun entre 8 et 10 heures et selon les recommandations des taux abaissés devraient être vérifiés par un second dosage, une semaine après le premier.

Personnellement, d’après mon expérience et à la suite de discussions avec quelques spécialistes, je conseille le dosage de la testostérone totale et de la testostérone biodisponible dans le même laboratoire. Le dosage des hormones hypophysaires (LH, FSH) peut être proposé, plutôt chez le sujet jeune, par le spécialiste, pour préciser l’origine de la déficience et celui de la SHBG [9] plutôt chez le sujet vieillissant afin de confirmer le DALA.

Certains sont plus attentifs aux taux de testostérone libre [10], d’autres mettent en avant les dosages salivaires et leur facilité de réalisation mais leur fiabilité est discutée par la communauté médicale.

Bien que cela ne fasse pas non plus l’unanimité, la gestion du vieillissement androgénique pourrait conduire aux analyses ci-dessous afin de corriger si besoin les taux :

  • De Sulfate de DHEA (SDHEA) ;
  • De sulfate de Pregnenolone (SPREGNENOLONE) ;
  • De TSH, pour s’assurer d’un bon fonctionnement thyroïdaire ;
  • Du cortisol (cortisolémie à 08h. et/ou dosage du cortisol dans les urines de 24 heures)
  • De mélatonine (cycle de mélatonine, sur les urines de 24heures) qui, pour certains a une place essentielle dans le vieillissement global et cérébral ;
  • De l’hormone de croissance IgF1, dont la supplémentation n’est pas autorisée, en France, dans cette indication ;
  • Du zinc dans le sang total car la déficience en zinc accompagne souvent les déficits hormonaux.

Et le traitement ou la supplémentation ?

Le traitement ou la supplémentation seront, dans tous les cas, précédés d’un examen soigneux de la prostate par un toucher rectal et un dosage de PSA. Cette surveillance, en cours de traitement, doit être au minimum annuelle et la plus extrême prudence est requise.

La supplémentation en testostérone ne peut qu’être proposée et surveillée par un médecin expérimenté. Elle existe sous plusieurs formes : gels transdermiques, huiles liposomiales, injections, comprimés, gels de dihydrotestostérone. Toutes ces formes ont leurs avantages et leurs inconvénients.

La surveillance du traitement est essentielle : il faut s’assurer de la permanence d’un bilan hépatique normal et de l’absence de polyglobulie [11].

Et les compléments alimentaires ou précurseurs végétaux ?

En phytothérapie, chacun pense à la Maca ou au Tribulus Terrestris. Ceux-ci peuvent être considérés comme une alternative pour ceux (ou celles) qui ne peuvent ou ne veulent avoir accès aux supplémentations hormonales. Il n’en reste pas moins que si on considère leur possible effet de précurseur hormonal il faut, logiquement, leur faire partager les mêmes contraintes et contre-indications que celles des supplémentations hormonales.

La maca ou ginseng péruvien pousse sur les hauts plateaux péruviens

Elle a un effet tonique, défatigant et pour certains, elle augmente la libido, la force et la mémoire, les effets de la musculation et la qualité de la sexualité.

Aguila Calderon, [12] ancien Doyen de la Faculté de Médecine de Lima a écrit « que la Maca apportait beaucoup de calcium, de magnésium et de silice absorbables et que de ce fait elle était utile en cas de décalcification chez les enfants et les adultes ». Dans sa pratique, le docteur Calderon utilise également la Maca contre les troubles de l’érection et les différents symptômes liés à la ménopause ainsi que dans la fatigue générale.

Chez la femme elle souvent un effet de régulation du cycle

Mais on ne constate aucun effet biologiquement ou scientifiquement démontré.

Il en est de même pour le Tribulus Terrestris, dont les propriétés en médecine traditionnelle sont défatigantes et toniques au plan sexuel bien que l’on ne dispose d’aucune confirmation biologique ou scientifique sur l’humain.

Dans tous les cas une supplémentation en zinc est toujours souhaitable, en particulier lorsque le taux sanguin de zinc dans le sang total est bas.

L’équilibre alimentaire : une nécessité absolue quels que soient le statut et la supplémentation hormonale

L’alimentation de type méditerranéen et la normalisation de la testostéronémie ont, au moins, un point commun : une meilleure santé musculaire, cardiaque et psychologique.

Evitez donc tout excès de nourriture industrielle trop riche en oméga-6 et en en acides gras trans qui n’aura pour effet que vous faire prendre du poids, perdre de l’énergie et empêcher vos propres hormones ou vos supplémentations d’agir de façon optimale.

Ne vous privez pas d’acides gras oméga 3, de zinc, de magnésium, de vitamine C, de vitamines B et D. Pour cette dernière, essayez d’être attentif à votre ensoleillement et si besoin, en hiver, envisagez une supplémentation.

Consommez suffisamment de légumineuses et légumes de qualité accompagnés d’huile d’olive et de colza bio.

Il est probable que le contrôle du stress oxydant a également une action sur le métabolisme de vos hormones : ne négligez pas l’usage du curcuma, du gingembre frais et du persil. J’en ai déjà largement parlé dans d’autres textes.

Soyez, même en dehors de tout diabète, attentifs au contrôle de votre glycémie, de votre insulinémie et de votre tour de taille.

Enfin et toujours…le mouvement et le contrôle du stress !

Ne soyez pas obligatoirement très sportifs mais restez actifs : de nombreuses études confirment qu’une demi-heure de marche rapide chaque jour a déjà des effets positifs sur le vieillissement (ou le déficit) hormonal. Il faut y ajouter les tâches ménagères et le refus systématique des ascenseurs.

Si vous avez la possibilité de pratiquer deux séances hebdomadaires de musculation adaptée à votre condition physique et votre âge, c’est un « plus » non négligeable que vous pouvez remplacer, si besoin, par une pratique quotidienne de gymnastique à domicile.

La relaxation et les pratiques de détente sont toujours bénéfiques mais c’est surtout la méditation qui a fait ses preuves dans ce domaine [13].

La pratique régulière de la méditation qui ne nécessite pas obligatoirement de rejoindre un groupe, une salle, un lieu… a démontré ses effets positifs sur le vieillissement et l’équilibre hormonal.

Pour ma part, je pense qu’il est essentiel d’essayer de privilégier une écoute de l’autre faite de compassion, d’amour et de pleine conscience telle que l’enseigne le moine Thich Nath Anh [14] .

Quel que soit votre âge, votre condition physique et psychologique, soyez attentifs à tous ces petits signes et symptômes qui peuvent trahir une dérive hormonale dont la correction ne peut qu’être globale. Mais surtout ne dramatisez pas et évitez, dans ce domaine, toute automédication prématurée.

Surveillez bien votre boîte aux lettres,
Docteur Dominique Rueff


[1] Il serait plus juste de parler de « Médecine préventive du vieillissement »

[2] Les graisses viscérales : cachées mais dangereuses

[3] Inflammation des testicules

[4] Définition Epididyme

[5] Wikipedia : Cheval d’arçons

[6] La descente testiculaire

[7] Jones TH, « Late onset hypogonadism » BMJ. 2009;338:b352

[8]  Wu FC, Tajar A, Beynon JM, Pye SR, Huhtaniemi IT et al.; EMAS Group, « Identification of late-onset hypogonadism in middle-aged and elderly men », N Engl J Med, vol. 363, no 2,‎ 2010, p. 123-35.

[9] Sex Hormon Binding Protein, c’est l’hormone qui transport une partie de la testostérone. Le taux est considéré comme excessif s’il excède 45 nmol/l chez l’homme et 75 nmol/l chez la femme. Il permet, en outre, de déterminer le taux de la testostérone libre calculée et permet de mieux suivre une supplémentation

[10] Celle qui n’est pas liée à la protéine SHBG

[11] Wikipedia : Polyglobulie

[12] Effects of Peruvian Maca on Hormonal Functions

[13] Gérer le stress et l’anxiété

[14] Thich Nhat Hanh



N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


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