La bande des 4000

Chère amie, cher ami,

Je viens de terminer la lecture du « Guide de 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux » des Professeur Bernard Debré et Philippe Even[1], dans sa nouvelle édition.


Le livre se présente sous forme d’un dictionnaire par type de médicaments.

Il comporte une première partie de 80 pages fort intéressante, où les principales idées du livre sont présentées.

Je commence par une rapide présentation de nos deux auteurs :

Bernard Debré est professeur en chirurgie urologique. Il a dirigé jusqu’en 2012 le plus grand service français dans cette spécialité. Il est l’auteur de nombreux ouvrages d’enseignement post-universitaire. Il a été député, ministre, enseignant et avait été nommé en 1986 par le Premier Ministre afin d’organiser une grande conférence de chefs d’Etat autour du sida.

Philippe Even a une triple formation en physique, biochimie et médecine. Il a été professeur de thérapeutique médicale, a dirigé un laboratoire de recherche de physiologie cardio-respiratoire, enseigné la thérapeutique pendant 10 ans à la faculté Necker dont il est devenu le doyen, pris la direction de l’hôpital multi disciplinaire Laennec. Il a également été membre des commissions scientifiques de l’INSERM attribuant les Autorisations de mise sur le marché des médicaments[2].

Une note de l’ouvrage précise[3] que les professeurs Debré et Even ont été condamnés à 1 an d’interdiction d’exercer à la suite de la publication de ce livre, avant d’être blanchis par le Conseil National de l’Ordre du fait d’un soutien de 15 grands universitaires et de 7 membres de l’Académie des Sciences.

Protéger les futurs malades que nous sommes !

Dans cette nouvelle édition ils reprennent les idées qui avaient fait le succès et le scandale de la première parution en 2012, mais en incluant plus de 200 nouveaux médicaments dont certains, malheureusement continuent à occuper l’actualité judiciaire :

  • les affaires du Mediator,
  • de la Thalidomide,
  • de la Dépakine administrée aux femmes enceintes,
  • de l’antiinflammatoire « miracle » Vioxx qui fit plus de 27.000 décès aux Etats Unis,
  • du Distilbène qui, après 3 générations est encore à l’origine de cancers,
  • de l’hormone de croissance ou du sang contaminé nous le rappellent tristement.

A la lecture de ce livre, on comprend mieux le récent souhait de mieux protéger les futurs patients que nous sommes, formalisé par les professeurs Montagnier et Joyeux. Ces derniers proposent de faire entrer le principe de précaution dans la Constitution. Ils ont adressé une lettre ouverte au Président de la République[4] où ils précisent : « Des procédures étaient censées faire barrage à des médicaments potentiellement dangereux. Pourtant rien n’a empêché que des êtres humains meurent ou souffrent de façon irréversible dans l’indifférence à cause de la diffusion de médicaments dont la mise sur le marché avait été autorisée et que des médecins croyaient pouvoir prescrire en toute bonne foi, sans faire encourir de risque à leurs patients ».

Comment peut-on contester les faiblesses des procédures d’Autorisation de mise sur le marché qui, dans tous les pays du monde peuvent conduire, à de tels drames ?

La surconsommation de médicaments des Français

Depuis 2012 les auteurs déplorent que « rien n’a changé ». Ils constatent qu’en France les agences de santé continuent de prendre leurs décisions dans le plus total anonymat et que l’indépendance de leurs membres vis-à-vis des grands groupes pharmaceutiques chargés d’évaluer le médicament est loin d’être prouvée«Deux fois plus de médicaments autorisés et remboursés que partout ailleurs » (…) « Des dépenses de médicaments de 35 milliards d’euros les plus élevées d’Europe »(…) « Toujours 30.000 morts et 120.000 hospitalisations pour accidents thérapeutiques » (…) Des millions d’effets secondaires négligés et jamais recensés »(…)

« Toujours les mêmes médicaments inefficaces et parfois à risque ou sans efficacité supérieure aux médicaments antérieurs mais vendus sans aucune raison 5 à 30 fois plus chers, et dont 75% sont pourtant remboursés, et plus encore lorsqu’ils sont dangereux (92%) tels les nouveaux antiagrégants , anticoagulants, antidiabétiques et anti dépresseurs. (…) « pour couronner le tout, une dérive croissante du prix de tous médicaments qui a sans cesse doublé tous les 10 ans (…) sans que la santé des Français ne soit en rien supérieure à celle des habitants des autres pays occidentaux qui dépensent 1 fois et demie moins ».

Les maladies inventées pour vendre plus de médicaments

Les professeurs Debré et Even dénoncent deux maladies qu’ils estiment « inventées » pour vendre plus de médicaments :

  • Les pathologies « gonflées » ou inflatable diseases qui permettraient « de doubler ou quadrupler les ventes, dans les mini-hypertensions artérielles, micro-diabètes ou dépressions mineures…
  • Les pathologies « fabriquées » ou « fictives » qui n’existent pas, que les anglo-saxons nomment mongering diseases. Tous les médecins de ma génération ont le souvenir des cohortes de spasmophiles qui ont disparu. De nos jours c’est plutôt le « syndrome métabolique » ou la « fibromyalgie » qui sont « à la mode ».

Sur ce dernier point je suis plus réservé.

Car une « maladie fabriquée » n’est à mon avis condamnable que si elle conduit à tout prix à la prescription d’un nouveau médicament. Peu importe la façon dont on le nomme… on se sent toujours mieux quand on nomme !

Les patients souffrant de « fibromyalgie », de colopathies et douleurs abdominales chroniques, de phobies sociales, d’hypersensibilité affective et ces enfants présentant « des troubles de l’attention avec hyperactivité » sont bien réels.

Mais leur prise en charge ne devrait pas systématiquement conduire à la prescription d’un médicament « miracle » comme ce fut le cas des amphétamines pour les enfants difficiles.

Car une prise en charge médicale, c’est mon credo, ne peut être que multiple, globale, personnalisée et humaniste.

Je ne veux donc pas aborder, ici, un débat sur l’efficacité réelle ou supposée de l’homéopathie, de l’acupuncture, de l’ostéopathie, de la nutrithérapie, de la relaxation et de la méditation, toutes disciplines sur lesquelles de nombreux médias tirent à boulets rouges depuis quelques mois… comme si on voulait absolument en finir avec la polémique entre l’intérêt d’une « médecine fondée sur les preuves » (evidence based medicine) et d’une approche globale (mais pas toujours démontrée).

Vous qui me connaissez bien, vous savez que j’ai toujours défendu la bannière de la « médecine intégrative » et notamment dans l’un de mes derniers livres.[5] Car la vraie médecine ne s’apprend pas dans les livres mais auprès du malade, de sa souffrance et de l’expression de cette souffrance.

Les professeurs Debré et Even ont d’ailleurs l’honnêteté de se déclarer incompétents en matière de ces « autres médecines »… et ce malgré une « pique » sur la consommation de magnésium dont je ne saisis pas bien la raison ni la finalité.

De l’examen clinique à l’acte (purement) technique

Les auteurs et moi-même ne pouvons que constater que le XXème siècle avec la découverte des sulfamides, des antibiotiques, des anti-hypertenseurs (pour les vrais hypertendus), l’insuline, les corticoïdes et d’autres molécules fut l’époque « la médecine efficace en temps de crise » dont il n’est pas question de nier ni l’intérêt ni les effets.

En matière d’enseignement les auteurs sont bien placés et je les rejoins complètement.

Celui-ci n’a que très peu évolué depuis 50 ans et la description clinique des maladies (sémiologie) ne correspond plus vraiment à la complexité et à la forme des maladies du XXIème siècle. « Aujourd’hui le diagnostic est une démarche simple, tant les examens biologiques et l’imagerie l’ont facilité. En pratique il suffit de pianoter sur quelques touches et demander des kyrielles d’examens complémentaires dont la plupart sont inutiles, et le diagnostic tombe tout rôti sur l’écran ou peu s’en faut. A l’opposé la thérapeutique s’est extraordinairement compliquée et pervertie » ( …) L’art du traitement devrait remplacer l’art du diagnostic ».

On aborde ici un problème très sensible et d’actualité que je ne développerai pas : celui du paiement à l’acte dans les hôpitaux et de leur rentabilité.

L’un des inspirateurs de ce livre, le Professeur Guiraud-Chaumeil[6] pointe très bien le travers essentiel de notre médecine : « Aujourd’hui l’humanisme est mis à mal. La médecine se mécanise : l’examen clinique disparaît, les actes techniques se multiplient. La valeur ajoutée des médecins est trop peu rémunérée ».

Je me suis d’ailleurs exprimé sur ce sujet dans une précédente lettre[7].

Quant à l’attitude naturellement partiale des visiteurs médicaux rémunérés par les laboratoires et n’informant que rarement des risques réels, vantant auprès des médecins les progrès incontournables des dernières et toujours plus chères molécules, le livre y revient sans cesse, à juste titre.

L’abonnement à la très impartiale revue « Prescrire »[8] est malheureusement payant, mais il me paraît nécessaire à tout bon médecin. Il détonne dans un contexte d’abonnements gratuits offerts par les grands quotidiens et d’hebdomadaires médicaux comprenant de nombreuses publicités. A ma connaissance « Prescrire » est la seule à délivrer une information indépendante de celle des grands lobbies.

La bande des 4000 au fil de la lecture

Je suppose que, comme moi, vous ne lirez pas les 600 pages de ce livre d’une traite mais vous reporterez aux chapitres qui vous intéressent plus particulièrement :

  • Antalgiques, antiinflammatoires dont aucun n’est sans risque, même vendus sans ordonnances et parmi lesquels le VIOXX conduisit aux plus graves des accidents thérapeutiques. Ils sont en général déconseillés en cas de pathologies digestives chroniques ou cardiaques ;
  • Antiinfectieux, antiparasitaires, antifongiques (champignons). Leur mésusage peut conduire à des antibiorésistances et donc à la résurgence d’anciennes maladies ;
  • Chimiothérapies, thérapies dites « ciblées » et immunothérapies des cancers : « mythes déceptions et promesses » ;
  • Surprescriptions en gastroentérologie
  • Pilules contraceptives et risques thromboemboliques ;
  • Vérités à propos du traitement hormonal de la ménopause ;
  • Immunomodulations prescrites trop vite, dont on connait mal les effets secondaires (biothérapies)
  • Utilisation abusive des antihypertenseurs, définition de l’hypertension à risque, dénonciation des ordonnances antihypertensives comprenant de trop nombreuses molécules.
  • Risques hémorragiques non maîtrisables des nouveaux anticoagulants et anti-agrégants ;
  • Risque cardiovasculaire de l’hypercholestérolémie, justification d’une prescription prématurée de médicaments (statines) et oubli ou la non dénonciation de leurs risques et effets secondaires.
  • Danger et risques des traitement trop précoces des maladies du foie, du pancréas et de la vésicule biliaire.
  • Fausses promesses des traitements des maladies neurologiques : SEP, Parkinson, Alzheimer et autres troubles cognitifs. ;
  • Pseudo traitements de l’obésité et du syndrome métabolique ;
  • Traitements inutiles et souvent très coûteux en dermatologie, ORL et pneumologie ;
  • Abus des traitements en médecine psychiatrique dont l’efficacité est souvent douteuse, particulièrement chez les adolescents et adultes jeunes.
  • Abus de traitements et mauvaises indications en rhumatologie et en traitement de l’ostéoporose[9];
  • Enfin, limites et bonnes prescriptions en uro-néphrologie.

Bien entendu, vous ne vous intéresserez à ces chapitres que si vous et vos proches êtes personnellement concernés.

Dans tous les cas, et comme le souhaitent d’ailleurs les auteurs, ces données vont vous servir de base de discussion (sans malice ni agressivité) avec votre médecin prescripteur.

Pourquoi je suis heureux d’avoir changé de métier

En 2015 après plus de quarante années de pratique médicale sous l’étiquette de « généraliste » et ce, quelles que furent mes compétences en d’autres domaines, j’ai décidé de fermer la porte de mon cabinet médical.

Je voulais me donner le temps d’écrire et de transmettre, notamment par le biais de ces lettres que vous me faites l’honneur de lire.

Au début ce ne fut pas facile d’abandonner le réflexe de la prescription médicamenteuse même si je n’en faisais que peu.

Mais cela m’a permis d’affirmer une réflexion que je me faisais dès le début de ma pratique : la nutrition et l’équilibre nutritionnel doivent toujours être et rester en première ligne de la recherche d’une meilleure santé.

Cette décision m’a permis de mieux écouter les « désordres nutritionnels » de mon entourage, et de proposer de les résoudre. J’y vois aussi une façon différente d’écouter et de soulager certains maux, certaines douleurs. En ne me réfugiant pas systématiquement derrière un médicament.

Docteur Dominique Rueff

 

 

 

 

 

 


[1] Editions « Cherche Midi » 21,80@

[2] Ces Autorisation dont les laboratoires ont absolument besoin pour commercialiser leurs médicaments

[3] Page XXVI

[4] Vous pouvez la trouver et la signer sur le site officiel du Professeur Joyeux : https://professeur-joyeux.com/

[5] « Mieux que guérir, les bénéfices de la médecine intégrative », Editions Josette Lyon, 2013

[6] Professeur honoraire de neurologie à toulouse, ancien doyen de la Faculté de médecine de Toulouse, ancien président de la conférence des doyens, ancien président de l’Agence Nationale d’accréditation et d’évaluation en santé qui devint l’HAS actuelle.

[7] https://www.lettre-docteur-rueff.fr/on-vole-medecin/

[8] www.preescrire.org

[9] Reportez vous à mes deux lettres sur ce sujet : https://www.lettre-docteur-rueff.fr/osteoporose/ et https://www.lettre-docteur-rueff.fr/trouver-calcium/



N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


4 réponses à “La bande des 4000”

  1. Nibel dit :

    Pourquoi ces réflexions ne viennent souvent qu’en fin de carrière

  2. pascal27 dit :

    Bonjour Dr D RUEFF, gratitude pour votre courage et pour vos lettres que je lis régulièrement…
    Cette lettre affirme votre volonté de soigner la personne en tant qu’être et non de participer à des méthodes de soins palliatifs ! Alors même s’il faut de temps à autre passer par des soins palliatifs, ce n’est en aucune façon une fin en soi. La recherche et la chimie ont fait de belles choses mais c’est dommage que le profit en ait pris la direction financière ! Aujourd’hui la médecine est devenue réparatrice, elle sait stopper la douleur ce qui est formidable, mais elle ne soigne plus ou pas la personne en profondeur. Dommage que cette médecine allopathique indispensable ne soit pas en symbiose avec les médecines parallèles. Chapeau bas pour votre courage et votre détermination à communiquer, ainsi vous pratiquez votre véritable vocation de médecin.
    cordialement, pascal

  3. pascal27 dit :

    Bonjour, je réagis à votre interrogation car j’ai le même sentiment quand je lis cette lettre du Dr RUEFF.
    Moi même ayant travaillé dans le domaine phytosanitaire végétal; j’ai fini par démissionner presque en fin de carrière. D’abord on fait ce métier pour les meilleures causes du monde, puis on apprend vraiment, et on finit par découvrir l’engrenage dans lequel nous-nous sommes endormis sans le vouloir. En fait au fil du temps certaines questions restent sans réponses, certains doutes subsistent; et un jour on « pète les plombs » (mais c’est du temps) car c’est vrai qu’a la base on agissait pour le bon sens de nos actes ! Et pour se reconstruire, on doit désapprendre ce que l’on a appris, c’est terrible ce que la réalité vous explose au visage et cet acte de révolte interne est très long à s’exprimer, puis il est destructeur ! Voilà sans doute pourquoi c’est à la fin ou presque fin de carrière que l’on s’exprime ! Mais me concernant, je garde une certaine amertume de n’avoir pas réagit plus vite, néanmoins l’important c’est de communiquer afin de donner des réponses (pistes de réflexions) à ceux qui se posent les bonnes (mêmes) questions…
    cordialement, pascal

  4. andré girard dit :

    Pour avoir travaillé 26 ans dans les Laboratoires Pharmaceutiques, cette lettre ne fait que confirmer tout ce que je pense. Il serait grand temps, de mettre un peu d’ordre dans la boutique.
    -faire du nutritionnel
    -revenir aux plantes , huiles essentielles, oligos et macroéléments.
    -Expérimenter plus sérieusement les molécules ..! etc…

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