Ces parasites menacent notre bouche… et notre vie !

Cette année-là, ma fille revenait d’un séjour en République Populaire du Congo. Elle m’annonça avoir pris rendez-vous avec un chirurgien-dentiste parisien afin de faire soigner cette grave inflammation des gencives qu’on nomme la parodontite.

Je lui demandai de surseoir à ce rendez-vous et de consulter un ami dentiste cannois dont je connaissais les approches particulières à propos de cette maladie.

Le microscope au centre du champ de bataille

Il y avait bien longtemps qu’un énorme microscope à contraste de phase [1], relié à un écran de télévision, trônait au milieu de son cabinet.

Inhabituel chez un dentiste !

Tout patient souffrant de déchaussement dentaire, de douleurs, gonflement ou saignements de la gencive avait droit à sa petite séance de microscope.

Comment se passe la manipulation ?

  • Le dentiste prélève un peu de plaque dentaire au fond de la bouche, généralement entre les dernières molaires du bas ou aux lieux de saignement si tel est le cas, puis dilue avec la salive du patient ;
  • Il étale ce mélange sur une lame en verre ;
  • Il recouvre cette lame d’une lamelle fine de microscope en écrasant le mélange et la place sous l’objectif ;
  • Et là le spectacle commence….

Une des premières patientes de ce praticien était précisément une spécialiste en infectiologie. Dès les premières images elle s’écria ; « C’est ma bouche ça ? » et elle fit un malaise !

Ce microscope dont l’image se projette sur l’écran de télévision, que vous pouvez regarder depuis le fauteuil, permet de visualiser toutes ces bactéries buccales, qu’elles soient responsables ou non d’une maladie.

On y voit aussi les éléments de défense immunitaire que sont les macrophages, ces globules blancs tueurs et surtout ces énormes masses cellulaires avec leurs petits estomacs en forme de vacuoles [2] qui se promènent lentement dans le champ d’observation en attaquant et en digérant, parfois en moins de deux minutes, nos globules blancs [3].

J’y reviens dans un instant.

Une flore buccale pathogène source de tous les dangers !

En octobre 2017 sous la plume de Jean-Marc Dupuis SNI fit paraître une lettre traitant partiellement de ce sujet dont je vous livre quelques conclusions:

Des bactéries de la bouche ont été découvertes dans le cerveau des patients Alzheimer ou souffrant d’autres maladies neurodégénératives [4]. En 2013, des chercheurs californiens ont conclu que les femmes qui ne se lavaient pas les dents tous les jours avaient 65% plus de risques de développer une démence.

Des colonies de ces mêmes bactéries ont été retrouvées dans le cœur de patients victimes d’infections potentiellement fatales, appelées endocardites. Elles ont aussi été retrouvées dans le poumon.

Le risque de maladies cardiovasculaires augmente de 45% chez les plus de 65 ans présentant des inflammations graves de la gencive (cette part est plus élevée encore chez les diabétiques).

Et ce n’est pas tout.

Aujourd’hui, les chercheurs considèrent qu’une mauvaise santé bucco-dentaire est un sérieux facteur de risque pour bon nombre de maladies.

De véritables clones de bactéries buccales (Fusobacterium nucleatum et Serratia proteamaculans) ont ainsi été détectés dans l’articulation du genou de malades souffrant d’arthrose, de polyarthrite rhumatoïde. Ces risques concernent également :

  • Les maladies chroniques rénales ;
  • Les bronchites et pneumonies,
  • Et certains cancers (œsophage, estomac, pancréas…), etc…

Début 2016 des travaux [5] publiés dans une prestigieuse revue internationale ont confirmé le lien entre la présence dans le microbiote dentaire du « streptococcus mutans » et le risque d’AVC hémorragique.

De nombreux tests biologiques permettent d’identifier une flore particulière chez un patient comme le « Florinscan » [6] développé par « Les laboratoires Réunis» et accessibles à partir de nombreux laboratoires français.

D’autres études révèlent un lien entre la présence, dans le microbiote buccal, de germes tels le « porphyromonas gingivalis » et maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde [7] [8]. Ils conduisent les auteurs à proposer à tous les patients atteints par ces infections, plus encore s’ils sont traités par des immunosuppresseurs, à faire examiner leur microbiote buccal et à être particulièrement attentifs à leur hygiène bucco-dentaire.

Ce monstre est un tueur !

Reprenons notre séance de microscope. Si vous vous intéressez à ce qui apparaît sur l’écran et que vous ne vous évanouissez pas vous allez voir apparaître, en cas d’infection, une danse étrange où virevoltent toutes ces bactéries, certaines sous formes de petits traits, d’autres ressemblant à des spaghettis ou des tire-bouchons.

Au milieu de tous ces danseurs vos globules blancs ou leucocytes (les défenseurs de votre immunité buccale) sont bien visibles avec un ou plusieurs noyaux, entourés de granules essentielles à leur activité antiinfectieuse.

Vous vous demandez immanquablement comment cette vie souterraine peut être si active sans que nous en ayons la moindre sensation. Oui cela peut vraiment donner le vertige…

Si votre dentiste a bien prélevé, sait se servir de son microscope, que votre gencive est douloureuse ou saigne, que vos dents sont mobiles et que votre haleine est fétide et repoussante [9], vous allez, sans aucun doute, voir apparaître au milieu de toutes ces agiles petites bêtes une ou plusieurs autres beaucoup plus grosses, se laissant flotter telle une gigantesque méduse au milieu d’un banc de petits poissons.

Cette « méduse » se propage lentement dans le champ du microscope. Vous verrez des sortes de bras que l’on nomme pseudopodes se rapprocher d’autres cellules, franchir leur paroi et les aspirer en moins de deux minutes, car ce « monstre » est un tueur.

Il s’accole à vos globules blancs, les aspire et est parfois capable de les digérer en moins de deux minutes.

Il avance parfois seul, s’infiltrant mollement au milieu des autres bactéries, « spirochètes » ou « vibrillons » mais le plus souvent, « en famille » accompagné d’un ou deux de ses congénères plus ou moins gros plus ou moins agressifs.

C’est donc un dangereux prédateur qui vous vampirise en se nourrissant de votre sang, de vos globules rouges et blancs. Semblable à ceux que l’on retrouve parfois dans vos selles après des voyages tropicaux ponctués de « turista » il a été identifié comme une amibe c’est-à-dire un parasite parfois gros de 100 microns que l’on nomme précisément « Entamoeba gingivalis ».

Cela fait plusieurs années que mon ami dentiste m’a montré ce « monstre » et proposé traitements et conduite préventive à suivre afin d’éviter d’abîmer… puis de perdre mes dents.

Depuis peu, je me suis vraiment intéressé à celui qui est à l’origine de la diffusion et de l’enseignement de cette hypothèse : le docteur Mark Bonner.

Lisez Mark Bonner et faites-vous votre avis

Docteur en dentisterie, le Canadien Mark Bonner a écrit plusieurs livres sur la parodontite. Il anime de nombreux séminaires dans le monde entier. Il a créé, à Nice, l’Institut International de parodontie [10] dont il est le Président.

Dans son ouvrage grand public « Tant de bouches à guérir…des parasites qui la vampirisent. Vaincre la parodontite » [11] il expose l’essentiel de ses recherches et donne de nombreux exemples cliniques illustrés par une belle iconographie. Pour mieux comprendre l’imagerie telle qu’elle apparaît au microscope à contraste de phase, je vous propose de regarder une de ses conférences [12] sur « YouTube ».

Le Dr Bonner explique qu’il n’a rien inventé et renvoie aux travaux publiés en 1929 de Kofoid et collaborateurs et surtout de Trevor Lyons publiés en 1980 [13]. Il cite même des travaux beaucoup plus anciens comme ceux de Gros publiés en 1849 [14] et d’autres en Russie dans les années 1870.

Puis il s’étonne : « Comment diable a-t-on pu passer à côté de Trevor Lyons ? Simple : le paradigme bactérien des années 1950 a envahi tout l’espace mental disponible. Pire : Trevor Lyons n’est pas lu ! »

« Trevor nous explique comment la présence des protozoaires (parasites) métamorphose l’infection gingivale de surface en maladie osseuse destructrice. Le mode parasitaire se transmet par de simples baisers, de particules d’aérosol en suspens ou par contamination indirecte d’ustensiles de cuisine et d’autres instruments usuels.»

Les statistiques donnent malheureusement raison à Bonner, Lyons, Keyes [15] et quelques autres puisque la corrélation entre parodontite et présence de parasites est de 100% et que lorsque l’on n’a pas de parasites en bouches on a jamais de parodontite.

Oui ! vous avez bien compris : sans présence de parasite et même en présence de germes tels que le streptocoque ou le porphyromonas gingivalis, il n’y a pas de parodontite dévastatrice !

A traiter comme une amibiase intestinale

Le résultat thérapeutique confirme cette affirmation puisque les anti-infectieux naturels ou antibiotiques (mais non anti-parasitaires) ne guérissent que très partiellement les parodontites.

Comme pour les amibiases intestinales que les médecins savent bien traiter avec de courts traitements antibiotiques-antiparasitaires [16], le résultat est garanti à 100%, à condition de traiter le partenaire [17] sexuel, d’être attentif à l’hygiène buccale, de se laver régulièrement et correctement les mains, de ne pas partager son verre ou son assiette avec n’importe qui [18] et de ne pas donner à manger à son animal de compagnie pendant son repas.

Le problème, vous l’avez compris, est que Bonner fait peur. C’est à mon avis une des raisons qui pousse la communauté scientifique à ignorer ses travaux. De plus, s’il a raison, Bonner met à bas toutes les pratiques de « charcutage gingival » et de culte exclusif de la brosse à dents, du fil dentaire ou de la brossette, car remuer le pus et l’infection bien installés sans la traiter ne sert plus à grand-chose !

A titre personnel je pense qu’il a raison : je l’ai constaté pour moi, chez ma fille et de nombreux patients. Ces derniers voient leur parodontite disparaître après deux semaines de traitements antiparasitaires et ne pas réapparaître s’ils sont attentifs à l’hygiène.

Que vous ayez été traité(e) ou non, un simple examen au microscope à contraste de phase vaut la peine. Il ne dure que quelques minutes et le renouveler vous assurera la meilleure des protections contre les maladies parodontales et leurs conséquences dramatiques.

Prévenir les infections buccales : comment ?

La qualité de l’apport nutritionnel et l’absence de déficiences nutritionnelles (lire ou relire ma lettre « Les 7 piliers de la santé« ) est une condition absolue, mais non suffisante, de résistance à l’infection gingivale, la parodontite et le déchaussement dentaire.

Bonner signale dans son livre [19] que « la bagatelle de 90% des pensionnaires de la prison de l’île de St-Quentin était infectée ». On a évoqué, bien entendu, les conditions de vie des prisonniers et les possibles contacts multiples mais les déficiences nutritionnelles furent finalement retenues.

Alors tout s’éclaire : l’usage de la brosse à dent, du fil dentaire et/ou de la brossette ne peuvent vous protéger à eux seuls !

C’est aussi une question de « terrain personnel », d’immunité, de conditions et niveaux de vie. Le tabagisme par exemple est un facteur fortement aggravant. Ce fait explique que la parodontite destructrice est exceptionnelle chez les enfants et adolescents. Sa fréquence est proportionnelle à l’âge… Maintenant vous savez pourquoi on perd ses dents en vieillissant… !

Et guérir !

Mais comme pour les amibiases intestinales les mesures de prévention ne suffisent pas…

Mon conseil : trouvez un praticien en dentisterie qui possède un microscope à contraste de phase et s’en sert dans son exercice quotidien… et courez le consulter surtout si vous avez des douleurs abdominales, des états inexpliqués de fatigue et des troubles du transit, c’est-à-dire diarrhées ou constipations ou alternance des deux.

Le traitement est simple : 1 à 2 semaines d’un traitement antibiotique-antiparasitaire tel que celui préconisé par les gastro-entérologues pour traiter les amibiases intestinales.

Vous aurez le reste de votre vie pour vous brosser régulièrement les dents.

Mais pas de n’importe quelle manière !

Pour ma part je n’utilise pas de dentifrice, ils sont tous inefficaces. Je mets 3 gouttes de menthe poivrée sur ma brosse à dents, que je passe ensuite dans du bicarbonate en poudre et sur laquelle je verse enfin un peu d’eau oxygénée. Ensuite, sans rincer, je recrache après brossage.

Choisissez une brosse douce et effectuez un brossage long, mais tout en douceur afin ne pas abîmer l’émail des dents.

Le matin et le soir, je passe des brossettes adaptées à l’espace interdentaire, ou du fil.

Et si vous ne voulez pas d’antibiotiques ? Vous pensez bien que j’ai posé depuis longtemps cette question à mon ami dentiste qui me répondit : « J’ai tout essayé, j’ai eu quelques cas de réussite avec des traitements naturels comme les extraits de pépin de pamplemousse, mais assez peu ».

Aux récalcitrants aux antibiotiques chimiques, Bonner propose [20] de faire préparer un mélange de bicarbonate de soude, d’argile verte et de trois huiles essentielles : Cinnamum cassia, Mentha piperata et Monarda didyma. Mais il précise : « Pour être honnête je ne vous garantis pas la réussite si votre mal est profond ». Il ajoute [21] « On nous affirme que les antibiotiques ne sont utiles qu’en cas de maladie agressive, c’est-à-dire…quand il est trop tard. Sans antibiotiques, vous perdez vos dents, vous aggravez votre diabète et vous écopez d’un infarctus dû à la prolifération de vos microbes. Ça vous fait une belle jambe ou plutôt une belle bouche d’avoir évité les médicaments biologiques. »

Je ne pense pas pouvoir vous proposer de meilleure conclusion !

J’y ajouterai une pensée pour un biologiste parasitologue, Jean Bonzel, disparu en 2004, qui concluait, en cas de résultats positifs, en vous soufflant à l’oreille à la manière de Raymond Devos : « N’oubliez jamais : les amibes de mes amibes sont mes amibes ».

Surveillez bien votre boîte aux lettres,

Docteur Dominique Rueff

P.S. Je co-animerai du 14 au 21 mai, en Crète, un séminaire transdisciplinaire consacré à la connaissance de soi. Il reste quelques places si vous êtes intéressés par ce voyage. Contact esokopias@hotmail.com et programme www.esokopias.fr


[1] http://www.futura-sciences.com/sante/definitions/medecine-microscope-contraste-phase-4654/
[2] On les nomme d’ailleurs : vacuoles digestives
[3] Ils sont bien reconnaissables du fait de la présence de plusieurs noyaux cellulaires
[4]
[5] https://www.nature.com/articles/srep20074
[6] https://www.labo.lu/fr/prestations/medecine-integrative/florinscan.html
[7] http://sante.lefigaro.fr/article/piste-bacterienne-pour-la-polyarthrite-rhumatoide/
[8] http://www.psychostrategy.net/2015/04/polyarthrite-rhumatoide-l-hypothese-infectieuse-dr-gerard-guillaume-pr-luc-montagnier.html
[9] On traite en fait de deux maladies bien distinctes : la « gingivite » qui ne touche que la sensible et la « parodontite » qui concerne en plus tous les tissus osseux autour des dents et qui conduit irrémédiablement au déchaussement.
[10] http://www.parodontite.com/
[11] Editions Amyris 2009
[12] https://www.youtube.com/watch?v=u9JCPDBS2VM
[13] Oral amoebiasis : a new approach for the general practitionner in the diagnosis and treatment of periodontal disease. Oral health ; 70 : 39-41, 108, 110, October 1980
[14] Fragments d’Helmintologie et de Physiologie microscopique », Bulletin Socialiste Impérial de Nature de Moscou
[15] Un médecin américain qui décrivit le biofilm gingival au microscope : Keyes et al. Diagnosis of cervicular infections : disease associated bacterial patterns in periodontal lesions, clinical implications of host parasites interactions in periodontal diseases ; Washington : american Society for Microbiology. 1982 : 395-403
[16] Parmi ces parasites on trouve plus de 60% d’infections amibiennes et de plus en plus de parasites flagellés, « Trichomonas tenax » petit cousin du « trichomonas vaginalis» responsable d’infections uro-génitales chez l’homme comme chez la femme. Bonner précise que d’autres parasites peuvent être retrouvés à la microscopie comme les « Endolimax Nana » qui peuvent provenir d’un contact avec des selles infectées ou des « Giardia Lamblia » à l’origine de la giardase (encore appelée fièvre du castor) une maladie transmissible par l’eau qui provoque un grand état de fatigue et d’épuisement.
[17] Bonner précise : conjoints, rencontres, « lèche vitrine sentimental », amants, animaux de compagnie…
[18] Ce qui pose le problème de l’hygiène dans bien des lieux publics et restaurants
[19] Page 225
[20] Pages 169 et 170 de son livre
[21] Page 280



N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


3 réponses à “Ces parasites menacent notre bouche… et notre vie !”

  1. Dafflon Josette dit :

    Bonjour
    J’ai trouvé très intéressant votre article mais comment trouver un dentiste qui pratique cet examen microscopique. J’ai eu une année 2017 très éprouvante dans beaucoup de domaines et j’ai accumulé le stress dans mes dents. J’ai dû enlever 3 dents durant l’année. J’aimerais bien faire ce test. Je vis en Suisse et à part Le fait que Les dentistes sont hors de prix je ne sais pas où m’adresser. Votre ami de Nice consulte-t-il toujours? Et quel est son nom et adresse
    Metci de votre retour
    Cordiales salutations
    JD

  2. ESCANDE dit :

    Merci pour tous ces précieux conseils qui pour moi arrivent trop tard. A l’âge de 32 ans j’ai eu une parondotite aiguë. J’ai 64 ans et je me lave, sans relâche, les dents 3 fois par jour depuis ce diagnostic, ce qui n’a toujours pas empêché la progression de cette foutue maladie, mais qui l’a toutefois ralentie. Ce qui m’inquiète c’est la fonte continuelle de l’os parodontale.
    Avez-vous des adresses de praticiens dans ce domaine en France.
    Merci encore pour vos lettres qui sont très instructives.

    • Khaoutami dit :

      Le cabinet du docteur Néfissa berkani utilise cette méthode du microscope. Elle a été formé par le docteur Mark Bonner. Moi j’ai rdv mercredi je pourrai d’en dire après.

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