Quand vos intestins disent « non »…

Chère amie, cher ami,

Vos magazines préférés vous montrent des jeunes femmes très minces sur des couvertures et vous incitent à perdre les quelques kilos disgracieux que vous avez accumulés …

Pour se renouveler, ces journaux inventent régulièrement des régimes différents : le « régime sans ceci » ou le « régime sans cela »…

Pendant quarante ans, j’ai vu défiler dans mon cabinet médical des femmes et des hommes qui avaient des problèmes de poids. Certains me demandaient quel régime choisir…

L’expérience m’a appris à bannir ces « régimes pour tous » pour tenter au contraire d’individualiser la nutrition de chacun. De la même manière, il faudrait d’ailleurs individualiser toute prescription médicale, mais c’est un autre débat…

Comment inventer un régime adapté à chacun ?

Pour cela, il faut d’abord analyser les carences (les déficiences nutritionnelles en vitamines, minéraux, acides aminés, acides gras…), et la tolérance personnelle aux nutriments, aliments, additifs, etc…

Ce phénomène de tolérance intervient au niveau de la paroi intestinale de l’intestin grêle. [1]

On parle aujourd’hui de « tolérance » : les aliments sont décomposés dans notre tube digestif et ces composants ne doivent pas agresser la paroi de notre intestin, sous peine, à la longue, de l’altérer physiquement.

Vous le savez, une bonne digestion, commence dans la bouche.

Nos parents nous le rabâchaient, et comme souvent ils avaient raison : il est capital de bien mâcher.

Pourquoi ? À travers la mastication, la salive joue un rôle essentiel dans le processus de digestion, qui se poursuit dans l’estomac et le haut de notre intestin (duodénum) où les enzymes hépatiques, biliaires et pancréatiques jouent un rôle capital.

Mais c’est au niveau de l’intestin grêle que la partie essentielle va se jouer.

En présence d’un aliment, notre système de défense va réagir de trois façons différentes :

  • il le laisse passer sans réagir, l’aliment est reconnu et accepté.
  • il réagit quand il ne reconnaît pas l’aliment et fait intervenir le système immunitaire. On parle alors d’hypersensibilité alimentaire.
  • il réagit quand certains aliments contiennent des molécules qui entraînent des réactions toxiques non immunologiques : on parle dans ce cas d’intolérance alimentaire.

C’est impressionnant. Le système immunitaire de l’intestin grêle est le plus important du corps. Il est pourvu de cellules immunitaires sur toute sa longueur (5 à 7 m) et sur toute sa surface (environ 200 m² !).

La protection agit de 3 façons :

  • Un phénomène « d’exclusion » grâce à des anticorps de type IgA : les substances étrangères sont éliminées avant de passer la barrière intestinale.
  • Un phénomène « d’élimination » : certains agresseurs sont éliminés par les cellules du foie.
  • Un phénomène de « tolérance orale » par lequel certaines substances étrangères sont « tolérées ».

L’hyperperméabilité intestinale : la porte ouverte à de nombreuses maladies chroniques

L’intestin grêle est habituellement imperméable.

Théoriquement, aucune macromolécule ne peut donc le traverser sans avoir été au préalable décomposée en molécules simples. Cette imperméabilité est réalisée grâce à des jonctions serrées entre les cellules de la muqueuse intestinale.

Mais en réalité, cette étanchéité est rarement totale.

De faibles quantités de macromolécules arrivent à passer malgré tout. Pourtant on ne décèle pas, normalement, de réponse immunitaire : c’est ce que l’on nomme, dans ce cas, un phénomène de tolérance orale.

On le voit, en pratique, l’intestin grêle est donc souvent fragilisé.

Les coupables ? Certaines bactéries, des champignons (mycoses) ou parasites, mais aussi la présence de toxiques issus de notre environnement, comme des métaux lourds, des pesticides, des colorants, des agents conservateurs ou d’autres molécules étrangères à l’organisme (xénobiotiques). Certains traitements au long cours comme les anti-inflammatoires, les antibiotiques ou l’aspirine ne laissent pas indemne cette partie essentielle de notre organisme.

De la même manière, il semble que la présence trop fréquente d’alcool ou de ses dérivés induise, à la longue, une agression. Ces altérations provoquent une modification de la structure des cellules de la paroi intestinale (en anglais « tights junctions »), une aggravation en retour de la dysbiose (déséquilibre de la flore intestinale) et une diminution de l’étanchéité entre chaque cellule.

Certains aliments incomplètement digérés vont alors traverser « illégalement » la paroi. Le système immunitaire ne les reconnaît plus et va réagir de différentes façons, notamment par des réactions dites « allergiques ».

Ces hypersensibilités alimentaires ou allergies de type III qui nous gâchent la vie

Que se passe-t-il alors ?

Les aliments incriminés vont entraîner l’apparition d’anticorps du type IgG. Ces anticorps, contrairement aux IgE ne provoquent pas de manifestations cliniques immédiates.

Mais ils ne sont pas inoffensifs pour autant. Ils vont former avec l’aliment un « complexe immun » qui sera par la suite déposé dans certains tissus comme la peau ou les articulations.

Ces complexes immuns sont d’autant plus importants que l’aliment est consommé fréquemment et de façon répétitive.

Et c’est là que les problèmes deviennent criants : les dépôts augmentent et entraînent certaines maladies qu’on appelle « auto-immunes » (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite, diabète…).

Il faut le savoir. Un répit est possible !

L’arrêt, même momentané, de la consommation de ces aliments permet à l’organisme d’éliminer ces déchets et de retrouver un état quasi normal. Ce sont ces maladies que le docteur Jean Seignalet appelait d’un terme imagé : « maladies d’encrassage ».

 

Dr Rueff


[1] C’est ce que l’on pourrait appeler « l’humanisation des aliments » telle que la décrivait Rudolf Steiner, le fondateur de l’Anthroposophie, au début du siècle dernier.



N'hésitez pas à commenter la lettre de ce jour ci-dessous. Veuillez cependant noter que, en raison du très grand nombre de commentaires, le Dr Rueff ne pourra pas vous répondre individuellement.


14 réponses à “Quand vos intestins disent « non »…”

  1. merriaux dit :

    grand merci Docteur de vos conseils je vais faire infusions de carvi et d’anis etoilé

    • Marc dit :

      Merci pour ces informations toujours aussi intéressantes. Par contre je me pose des questions quant à la prétendue surface de l’intestin grêle signalée à 200 m², ce qui donnerait pour une longueur de 7 m, un diamètre de 9 m…je pense qu’il y a un petit problème d’unité!

  2. Michèle dit :

    Merci pour vos courriers qui sont passionnants et facile à comprendre.

  3. Galap Jean dit :

    Merci pour vos analyses. Pour ma part, j’aurais souhaité des conseils précis sur les compléments alimentaires

  4. Annie dit :

    Merci pour cet article intéressant.
    Cependant je suis surprise que vous parliez d’enzymes hépatiques. Le foie sécrète la bile qui, à ma connaissance, ne contient aucune enzyme digestive. Ceci me laisse perplexe : n’étant pas spécialiste, comment puis-je savoir s’il n’y a pas d’autres « approximations » ?

  5. noune dit :

    Bonjour,
    Est ce que les diverticules peuvent être aussi provoquées par des aliments ou bien est ce un autre phénomène de la nature 😉
    cordialement, merci…

  6. ferrand odile dit :

    je voudrais commander le livre papier sur les conseils pratiques et traitements divers par phytotherapie, mais la demarche me semble compliquée

  7. Monique Mollet dit :

    Si tout le monde pouvait s imprégner de cet article qui représente l équilibre de notre santé et surtout en tirer les bienfaits.

    BRAVO POUR TOUS VOS ARTICLES TOUS PLUS INTERESSANTS LES UNS QUE LES AUTRES.

  8. orchidee dit :

    Tres intéressant votre article. Merci pour vos analyses. J ai hâte de lire la suite tres bientôt.

  9. Roucheux dit :

    200 m2 la surface de l’intestin grêle ! Comment le calculez vous ? Merci de votre réponse.

  10. Bernard Brassac dit :

    Commencez avant toute autre chose à supprimer le GLUTEN de votre alimentation et vous verrez au bout d’un mois le surprenant résultat sur votre santé !

    Vous ne souhaiterez plus jamais en consommer de nouveau. C’est juste une question de volonté, de discipline et rigueur personnelles.

    Cela fait 8 ans que j’ai banni le GLUTEN de mon alimentation et depuis, je ne me suis jamais senti aussi bien : Plus aucun problème au regard de mon système digestif et de mes intestins.

  11. Jamila.sekkat dit :

    Mille merci pour votre dernier article sur les intestins .Très intéressant et très bien expliqué.

  12. Adeline dit :

    Oui comment déceler les allergies de type 3? Revenez encore plus vite que très vite. Ça urge.

  13. dan dit :

    Merci pour vos conseils.
    Quels probiotiques prendre quand on a plus de colon?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *